En janvier 2010, le FIDA et le Gouvernement tchadien ont convenu du principe de formuler et mettre en oeuvre un programme capitalisant sur les acquis et leçons apprises du Projet de sécurité alimentaire au Nord–Guéra (PSANG) et proposant des mécanismes pour atténuer ou lever les contraintes enregistrées dans la mise en oeuvre des activités. A cet effet, une mission d’identification avait été conduite en février 2010, suivie d’une mission de conception détaillée (formulation) qui a séjourné au Tchad du 5 au 23 avril 2010. Le document de conception détaillée a été examiné le 22 juin 2010 par le Comité interne de revue de qualité du FIDA (QE) qui a fait des recommandations à prendre en compte dans le cadre de la présente conception finale (pré évaluation).

Raison d’être et objectifs du programme

2. Raison d’être

Le PADER-G trouve sa justification dans l’extrême précarité des conditions d’existence des populations de la région du Guéra (faible accès aux services sociaux de base essentiels, enclavement interne, difficulté d’accès aux financements et aux services nécessaires à la production et aux activités génératrices de revenus) alors même que : i) de par sa position géographique ‘‘centrale’’ (cf. carte) et la configuration du réseau routier structurant du pays, la région est un axe privilégié de transit et d’échanges commerciaux et économiques entre l’Ouest (notamment le pôle que constitue la capitale N’Djaména) et l’Est et le Sud–ouest du pays en direction du Soudan ; et ii) la région constitue l’axe principal de transhumance du cheptel entre le nord et le sud. Elle est de ce fait dans une double position charnière du point de vue des flux économiques au Tchad. La stratégie du PADER-G, basée sur la stratégie de subsistance (très diversifiée) des populations rurales du Guéra, vise donc à adresser prioritairement les besoins de base essentiels, urgents et préalables au développement durable de la région.

3. Objectif global

Le PADER-G a pour objectif global de contribuer à construire les bases préalables à une amélioration de la sécurité alimentaire et des revenus des populations rurales dans le Guéra. La stratégie du programme vise à adresser prioritairement les besoins essentiels, urgents et préalables à toute amélioration durable en termes de sécurité alimentaire et de revenus, à savoir : l’accès à l’eau potable, la gestion du risque de crise alimentaire, l’accès à des sources de financement pour les ruraux pauvres, et le renforcement des capacités des OP et de leurs organes représentatifs. Cette stratégie ne doit pas être envisagée comme une fin en soi. Elle s’inscrit dans une logique séquentielle, ou le PADER-G est la première intervention d’un programme qui s’étendra sur deux ou trois cycles, permettant d’adresser progressivement le second objectif du RB-COSOP.

4. Objectifs spécifiques

Le PADER-G poursuit trois objectifs stratégiques (traduits en composantes) pour atteindre son objectif global: (1) La poursuite (suite au PSANG II) de l’amélioration des infrastructures d’accès à l’eau potable, de disponibilité des céréales en période de soudure et de désenclavement des zones à fort potentiel économique ; (2) L’accroissement de la mobilisation de l’épargne locale et la consolidation d’une structure d’offre de services financiers viables et adaptés aux besoins spécifiques des ménages et producteurs ; et (3) Le renforcement des capacités des OP à la base et de la capacité de leurs représentations (départementale et régionale) à rendre des services à leurs membres.

Zone d’intervention, groupes cibles et stratégies de ciblage

5. Zone d’intervention

La zone d’intervention sera la région du Guéra dans son intégralité. L’extension à la partie sud de la région (~29.500 km² soit ~50% du territoire régional où vivent ~19% de la population de la région en 2009) se justifie notamment par le potentiel agricole important de cette partie de la région, qui génère une production excédentaire utilisable pour la moitié nord de la région dans un cadre intra régional de coopération et d’échanges économiques à promouvoir, notamment par les OP de la région. Elle se justifie également par le fait que, par le passé, cette zone a souffert de la « focalisation » des PSANG I et II à la partie nord de la région, justifiée certes par une plus grande concentration humaine et des besoins importants d’appui, favorables à une meilleure efficience des interventions mais –de ce fait– également biaisée par une lecture unidimensionnelle de la problématique de sécurité alimentaire qui occultait la valorisation d’opportunités de proximité et de complémentarité entre zones de production et zones voisines de consommation, dans un contexte global où, au niveau national, les infrastructures de transport étaient et demeurent encore une contrainte majeure aux échanges inter régions mitoyennes.

6. Groupes cibles et stratégies de ciblage

Le Programme ciblera les bénéficiaires finaux que sont les ménages ruraux et les producteurs/trices du Guéra, pris individuellement ou regroupés au sein d’organisations de base. Trois sous–groupes majeurs sont concernés: i) les ménages agricoles; ii) les femmes rurales, pauvres à très pauvres et chefs de ménages; et iii) les jeunes. La stratégie de ciblage sera à la fois participative et inclusive (notamment sur les aspects / dimensions du genre et d’équité de genre, du niveau de vulnérabilité, du statut social, de la classe d’âge, du secteur d’activité, etc.) en étant axée sur l’accès durable des populations rurales aux opportunités offertes par le programme, dans le respect de ses objectifs, approches, stratégies et modalités d’intervention. En fonction des thématiques concernées, le programme s’appuiera sur: i) un ciblage géographique / technique prenant en compte les fenêtres / domaines de complémentarité et de synergie d’action avec les autres programmes de la zone, en capitalisant sur leurs apports et leurs meilleures pratiques; ii) un ciblage socio–économique, basé sur la prise en compte des dynamiques associatives existantes, fonctionnelles et potentiellement viables, sur lesquelles il est possible de bâtir; et (iii) un ciblage transversal et systématique de genre au niveau de chacune des approches ci–dessus évoquées (une/un agent sera spécifiquement recruté (e) à cet effet au sein de l’équipe du programme).

7. Composantes du programme

Le PADER-G sera articulé autour de quatre composantes: i) Amélioration des infrastructures de base ; ii) Amélioration de l’accès aux services financiers ; iii) Renforcement des capacités des organisations de producteurs (OP) à la base et de leurs représentations; et (iv) Coordination, gestion et suivi évaluation de la mise en œuvre.

 8. Composante 1: Amélioration des infrastructures de base.

Elle comprendra 3 sous composantes correspondantes aux objectifs poursuivis:

1) L’amélioration de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, à travers: i) la réalisation d’infrastructures d’alimentation en eau potable et d’assainissement; ii) la mise en place de mécanismes de gestion et de maintenance durable des infrastructures; et iii) des campagnes d’information, éducation et communication sur les services de l’eau, l’hygiène et l’assainissement.

2) L’amélioration de la disponibilité des céréales en période de soudure par: i) la construction d’infrastructures de stockage et leur dotation en stock de céréales; ii) l’encadrement des comités de gestion des banques et; iii) une « opération test » de mécanismes d’atténuation des risques de crises alimentaire par la mutualisation des risques.

3) L’amélioration de l’accès aux marchés ruraux en atténuant les contraintes d’enclavement des zones à haut potentiel aux marchés agricoles de la région par l’aménagement de pistes.

9. Composant 2: Amélioration de l’accès aux services financiers

Elle sera axée sur la réorganisation du réseau des caisses d’épargne et de crédit autogérées (CECA) et l’amélioration de l’offre de services financiers. Le développement des activités sera assuré à travers 2 composantes:

1) L’appui à la restructuration du réseau et à la professionnalisation de son système de gestion, par la réorganisation du dispositif des caisses conformément à la réglementation et la promotion de meilleures pratiques du secteur.

2) L’appui à la performance et à la viabilité du réseau par le développement de services financiers ruraux, adaptés aux besoins des populations rurales (par la promotion d’une offre de services adaptés et novateurs en adéquation avec la demande locale) et le soutien à l’actualisation du plan d’affaires, à l’autonomie financière du réseau à l’horizon 2014 et à sa viabilité.

10. Composant 3: Renforcement des capacités des OP à la base et de leurs représentations

Elle ciblera 2 objectifs à travers les sous composantes suivantes:

1) Fonds d’appui au développement des activités économiques productives des OP, qui visera le renforcement des projets de développement économique d’un petit nombre d’OP dynamiques, en privilégiant les activités rentables et novatrices.

2) Renforcement des capacités organisationnelles et techniques des OP, qui visera l’émergence d’un mouvement paysan depuis la base, capable de répondre aux besoins de ses membres et à initier des actions collectives visant la résolution des problématiques de développement local. Des opérations pilotes d’amélioration de la production et de la productivité agricole des cultures vivrières seront menées.

11. Composant 4: Coordination, gestion et suivi évaluation

Elle aura pour objectif de développer les mécanismes et dispositifs permettant de coordonner, gérer, suivre et évaluer la mise en œuvre des activités et les impacts du PADER-G. La structure organisationnelle du programme comprendra 3 niveaux de responsabilités: i) le niveau de pilotage et de concertation regroupant les ministères et institutions publiques/privées concernés par le PADER-G; ii) le niveau de coordination et de gestion opérationnelles des activités; et iii) le niveau d’exécution des activités sur le terrain, basé sur un partenariat entre le programme, les ministères techniques et les délégations régionales.

12. Le Ministère chargé de l’agriculture (MAI)

Le MAI assurera la tutelle institutionnelle du PADER-G et travaillera en étroite collaboration avec les Ministères chargés de l’économie et du plan (MEP), de l’eau (ME), des infrastructures (MI) et de la micro finance (MMF). Au sein de chacun de ces départements ministériels, sera désigné un point focal, interface entre les projets FIDA, le département ministériel et la Cellule d’appui à la mise en œuvre des projets et programmes FIDA au Tchad (financée par le FIDA, en cours d’établissement et qui sera logée au MEP).

13. Un Comité de Pilotage (CP)

Ce comité aura la charge de fixer les grandes orientations du PADER-G, d’examiner les rapports d’activités, d’approuver les PTBA et d’assurer l’évaluation d’impact du programme. Un Comité technique de suivi (CTS) assurera, pour le compte du CP, les missions de suivi sur le terrain de la mise en œuvre effective des PTBA.

14. L’exécution du PADER-G

Elle sera assurée par une Unité de coordination et de gestion (UCGP), basée à Mongo, qui aura pour mission : i) la programmation, la coordination, le suivi et l’évaluation des activités; et ii) la gestion des ressources du programme. L’UCGP travaillera en étroite collaboration avec l’Unité de Gestion du PROHYPA, avec laquelle une articulation opérationnelle des interventions sera établie lors de l’élaboration des PTBA et lors de la mise en œuvre.

Suivi évaluation

15. Suivi évaluation de la mise en œuvre

Le système de suivi évaluation (SSE) servira d’outil au pilotage du programme et à l’évaluation de ses résultats et impacts. Il répondra aux exigences du SYGRI, applicable aux programmes appuyés par le FIDA. Le SSE devra permettre de: i) mesurer le niveau de réalisation des indicateurs du cadre logique; ii) apprécier la pertinence des stratégies de mise en œuvre ; iii) apprécier la performance de l’exécution des activités par les acteurs et opérateurs partenaires; et iv) évaluer les effets engendrés par le PADER-G sur les conditions de vie des groupes cibles. A cet effet, plusieurs activités seront nécessaires: i) l’enquête socio–économique de référence; ii) le suivi interne; iii) l’auto-ciblage et le suivi participatif par les bénéficiaires; iv) l’évaluation interne; v) le suivi évaluation externe; et vii) la revue à mi–parcours.

16. Supervision

La supervision du programme sera directement assurée par le FIDA, sous la forme de missions de supervision semestrielles conjointes auxquelles les principales institutions nationales concernées par la mise en oeuvre du programme seront associées. La revue à mi–parcours sera réalisée en fin de 2ème année par une mission multidisciplinaire de composition similaire, qui travaillera sur la base d’une autocritique objective à conduire par l’Emprunteur/Bénéficiaire Une ébauche de plan de supervision est présentée.

Coûts et financement du programme

17. Coûts

Les coûts totaux, sur une durée de cinq ans, y compris les imprévus financiers et les imprévus physiques, s’élèvent à 20,1 millions USD (10,7 milliards de FCFA). Les coûts d’investissement et les coûts récurrents représentent respectivement 76% et 24% des coûts totaux. La part en devises étrangères est estimée à 23%, soit un montant de 4,7 millions USD. Les taxes représentent 13% du coût total (2,5 millions USD). En termes de coûts, la composante 1 représente 40% des coûts de base, du fait qu’elle est essentiellement axée sur la réalisation d’investissements physiques. Les deux autres composantes techniques représentent 16% et 23% des coûts de base. Les coûts de base pour la «Coordination, gestion et suivi évaluation» s’élève à 21%. Ce niveau découle de la prise en compte des leçons apprises en termes de dispositions requises pour faciliter la mise en œuvre du programme (assistance technique internationale (ATI) au démarrage et pour appuyer temporairement le suivi évaluation; renforcement des compétences techniques au sein de l’UCGP, qui se traduit par le pourvoi de postes supplémentaires de chefs de composantes, d’un spécialiste en passation des marchés, d’un responsable IEC/genre et d’un informaticien (ce dernier pour traiter les données de suivi évaluation); allocation d’un budget adéquat pour le suivi évaluation et la gestion des savoirs; opération pilote sur l’auto-ciblage; et ouverture d’une antenne à Melfi (Sud Guéra)).

18. Financement du programme

Le programme serait financé par: i) un Prêt du FIDA de 8,7 millions USD (43% des coûts totaux); ii) un Don du FIDA de 8,7 millions USD (43% des coûts totaux) ; iii) une participation des bénéficiaires aux composantes 1 et 3 pour un montant estimé de 190 000 USD ; et iv) une contribution du Gouvernement évaluée à 2,5 millions USD (13% du coût total), correspondant exclusivement aux droits et taxes liés aux acquisitions du programme.

Impacts attendus et bénéficiaires

19. Impacts attendus

Ils concernent l’amélioration des conditions de vie des ménages ruraux du Guéra. Les investissements dans les infrastructures communautaires permettront : i) la réduction de temps de corvée d’eau pour les femmes et les enfants; ii) l’amélioration de la santé des populations; et iii) la réduction de la période de soudure et l’amélioration de la production céréalière grâce au respect des calendriers de production. La réhabilitation des routes contribuera au désenclavement de la zone et réduira le coût du transport pour la commercialisation des produits. Les bénéfices économiques liés à l’amélioration de la qualité de services financiers sont indirects: augmentation du taux de pénétration des ménages et des opportunités d’investissement pour créer/renforcer leurs activités économiques. Quant à la composante d’appui aux OP, les bénéfices directs seront limités aux investissements supplémentaires que les OPs sélectionnés feront grâce au fond d’appui.

20. Bénéficiaires

La composante 1 du PADER-G bénéficiera à i) environ 25 000 personnes, qui accéderaient à l’eau potable et disposeraient de latrines publiques; et ii) 112 000 personnes qui bénéficieraient des banques de soudure (BS). A travers l’aménagement des pistes, le programme favorisera l’accès aux marchés ruraux de quelques 5 940 producteurs du Sud du Guéra. Etant donné l’imbrication des activités, on peut supposer que les bénéficiaires de la composante 1 s’élèvent à 117 940 bénéficiaires directes. Suite à la composante 2, il est escompté que 33 450 personnes auront un accès au crédit. En retenant l’hypothèse que les 175 villages déjà dotés de banques de soudure disposeront de 35% des caisses d’épargne, cela supposerait 21 742 nouveaux bénéficiaires directs.

La mise en œuvre du fonds d’appui prévu dans la composante 3A permettra à quelques 23 OP et 17 unions de mener des activités à travers l’accès au Fonds d’appui. Ceci correspond à 2 658 ménages soit 13 290 bénéficiaires. Environ 80% de ces bénéficiaires se trouveront dans les villages concernés par une ou plusieurs interventions du PADER-G. Il faut ainsi ajouter 2 658 nouveaux bénéficiaires pour un total de bénéficiaires directs du programme d’environ 132 330 personnes.

Risques

21. Risques

Les principaux risques auxquels serait exposée la mise en œuvre  du programme sont d’ordre: i) politique, en raison des relations conflictuelles entre le Tchad et le Soudan et d’une opposition armée (risque important); ii) institutionnel, en cas d’un déficit de collaboration entre les ministères, du fait de la lenteur dans les procédures de passation de marchés, du fait du non versement à temps de la contrepartie financière requise, du fait des difficultés à mobiliser des opérateurs et prestataires compétents ou encore d’une trop faible gouvernance; iii) social, qui concerne les tensions et conflits potentiels entre éleveurs et agriculteurs sédentaires; et iv) climatique et de catastrophes naturelles, pouvant induire une crise alimentaire majeure. La section VI du rapport évalue la probabilité de ces risques et propose – lorsque possible – des mesures de mitigation, ainsi que des mesures de gouvernance.

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