Interview du Coordonnateur du PARSAT M. ABDOULAYE MAHAMOUD LABIT

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‘‘Nous intervenons sous forme de réponse à une demande. Et à travers ça, nous posons un diagnostic avec la communauté, nous essayons ensemble de faire une sorte de priorisation des besoins et c’est seulement au bout du processus que nous convenons de réaliser des activités avec la communauté.’’

 

Vous êtes le coordonnateur du PARSAT, parlez nous un peu plus amplement de ce projet.

Merci de me donner l’opportunité de parler du PARSAT qui est un Projet d’Amélioration de la Résilience des systèmes agricoles au Tchad. Ce projet est né du souci des plus hautes autorités de ce pays de pouvoir juguler les crises alimentaires répétitives au niveau du Guéra et du Tchad en  générale. Il est financé par le FIDA, le Fond pour l’Environnement Mondiale et un don du Fond d’Adaptation de l’Agriculture face au changement climatique qui est le fond ASAP, et bien entendu la république du Tchad participe également au financement du projet. Le PARSAT est un projet à vocation agricole, parce qu’il travaillera pour faire des aménagements sur des superficies assez importantes. Nous avons un objectif d’atteindre 10 000 ha aménagés pour lutter contre l’insécurité alimentaire.

Vous dites que le PARSAT cherche à améliorer la résilience agricoles, ça veut dire quoi la résilience des systèmes agricoles et quel est l’appui du projet dans ce sens?

Comme vous le savez, de plus en plus l’environnement subit ce qu’on appelle défis  d’ordre climatique. Le réchauffement du climat et le dysfonctionnement du système climatique font que quelques fois on assiste à des pluviométries qui sont assez intensives mais de courtes durée ou bien trop intensives qui provoquent des inondations et la résultante est que les productions sont assez souvent  mauvaises, une année sur deux on connait la sécheresse etc. Les terres ne produisent plus comme dans le passé, alors la résilience c’est de permettre un peu à l’agriculture de mieux se comporter à tout ce qui ne donne plus de résultats ou ne donnait plus de résultats encourageant, qu’on puisse travailler, de sorte qu’on ait des résultats intéressants sur les mêmes superficies cultivés sur les mêmes sols.  Donc, la résilience en quelque sorte, c’est une manière de pouvoir s’adapter au contexte actuel qui est dicté par le changement climatique assez néfaste et qui contribue de façon négative à la sécurité alimentaire et à la production tout court.

Qui sont ceux qui bénéficient de votre intervention ?

Comme tout projet, le PARSAT  a un public cible qui est constitué des ménages ruraux pauvres en général. Mais les interventions seront beaucoup plus focalisées en faveur des femmes et des jeunes, en particulier les jeunes qui viennent de se marier et de s’installer. Donc, le projet développera une stratégie de ciblage orientée vers ce public cible vulnérable. Un projet, quand il s’installe dans une région, il y’a des bénéficiaires directs et des bénéficiaires indirects. Quand je parle des bénéficiaires indirects c’est toute la communauté qui est installée dans la zone d’intervention du projet  et qui, d’une manière ou d’une autre peut bénéficier des avantages de ce projet. Prenons par exemple le cas des pistes rurales, une fois qu’elles sont aménagées, il n’y a pas seulement les femmes et les jeunes ou les ménages ruraux qui utilisent ces pistes, mais tout le monde peut accéder à ces pistes. Quand on parle de banque de soudure, c’est vrai qu’il y’a une couche de population qui pense ne pas s’intéresser à ces banques de soudure mais généralement l’effet, par tache d’huile, est que tout le monde est plus ou moins concerné. Nous comptons toucher environ 175 000 bénéficiaires directs et par ricochet, toute la population de la zone d’intervention du projet.

Le PARSAT fait suite au PADER-G qui s’est achevé récemment, dites nous, quelle est la différence qui existe entre les deux projets ?

Le PARSAT est bâti en quelque sorte sur le succès d’abord du PADER-G, parce qu’il donne une suite à tout ce qui à réussi dans le cadre du PADER-G. Ce qu’il faut comprendre c’est que le PADER-G est un projet qui a été initié à titre expérimental. C’est un projet intégré qui a répondu à la demande de la communauté et qui a essayé d’expérimenter un certain nombre d’activités à titre pilote. Je peux prendre l’exemple de la multiplication des semences certifiées ou l’encadrement des maraichers et pas mal d’autres activités telles que les banques de soudures qui ont été développées à titre pilote. Le PARSAT vient se reposer sur ces activités qui ont été initiées à titre pilote mais qui ont donné un résultat appréciable afin de monter en échelle c’est-à-dire essayer de diffuser toutes ces leçons apprises  d’une manière un peu plus grande. Le PADER-G n’a pas essentiellement travaillé dans le cadre de la production agricole mais aussi dans le cadre de la micro finance, des pistes rurales, des points d’eau à travers les forages, etc. Donc c’est vraiment du développement intégré sauf que le PARSAT travaillera beaucoup plus pour pouvoir améliorer la production et la productivité agricole en s’inspirant bien entendu des leçons positives tirées du cas de PADER-G.

Avec le PADER-G, vous avez atteins les objectifs avec un pourcentage de plus de 100%. Maintenant que la zone d’intervention du nouveau projet est élargie, dites nous, quelles sont vos stratégies pour atteindre les mêmes performances que le PADER-G.

Déjà, le fait que le gouvernement tchadien et le FIDA se soient entendus pour confier le PARSAT à une même équipe, je pense que c’est déjà un atout très important. Quand je dis une même équipe, c’est un peu le même personnel qui avait déjà travaillé dans le cadre du PADER-G. Et ce personnel a été  tout simplement étoffé à travers des antennes qui ont été créées à Amdjaména Bilala, à Bokoro et ensuite l’antenne de Melfi a été renforcée. L’équipe de la coordination de Mongo a également été renforcée. C’est pour vous dire que l’ossature principale en termes d’équipe qui avait travaillé dans le cadre du  PADER-G reste, cette équipe qui avait déjà de l’expérience, qui connait les directives, qui connait la méthode d’intervention dans un projet et qui est également très engagée, est un atout majeur pour mener à bien le PARSAT au même titre que le PADER-G. Je profite de l’occasion pour adresser un satisfecit à cette équipe. Si nous avions réussi à atteindre les objectifs probants au niveau du PADER-G, voire même dépassé certains, ce n’est pas dû essentiellement à la motivation du personnel mais il y’a aussi l’environnement du projet. Quand je dis environnement, il y’a l’administration qui nous a appuyé, il y’a les bénéficiaires qui ont participés de façon active, il y’a le ministère de tutelle, le ministère du plan, tout ceux qui sont impliqués d’une manière ou d’une autre à la mise en œuvre du projet et y compris les opérateurs, chacun a apporté sa contribution de sorte qu’on puisse atteindre ces objectifs. Heureusement que nous nous sommes reposés sur pratiquement les mêmes partenaires, en particulier les ONG locales, qui ont donné des résultats très satisfaisants par rapport à leurs interventions et  nous espérons que le PARSAT atteigne les mêmes objectifs qui sont intéressants voire même dépasser ceux du PARDER-G. ça c’est notre souhait, c’est notre motivation.

 

on vous le souhaite aussi! Monsieur le coordonnateur, est-ce qu’on peut avoir une idée de vos réalisations? Un petit bilan des activités menées sur le terrain.

Le PARSAT a lancé ses activités en décembre 2015. Heureusement que nous avons gardé la même équipe qui connait les pratiques, les rouages de la mise en œuvre des projets, les directives du FIDA et qui a anticiper sur un certain nombre de choses en attendant le recrutement des opérateurs. Je vous informe que, pour l’essentiel, les opérateurs viennent d’être recrutés et les conventions viennent d’être signées parce qu’on a eu de petites difficultés qui ont retardé le recrutement des operateurs au moment voulu. Mais cela ne nous a pas empêcher d’anticiper sur un certain nombre d’activités. Au titre de la sécurisation contre les risques climatiques et intensification des productions agricoles qui est la première composante, nous avons fait des aménagements pour les cultures de décrue pour environ 50 hectares pour pouvoir installer 100 exploitants. Nous avons déjà construit 116 puits maraichers pour mettre en valeur 62,7 hectares au profit d’environ 860 producteurs. Nous avons mis en place 11 comités de gestion et nous avons réalisé pas mal d’activités à travers l’identification des sites à aménager. Donc nous avons vraiment bouclé l’identification. On a déjà initié quelque Champ Ecole Paysan pour des activités de maraichage avec l’appui de l’ONG MOUSTAGBAL. Et nous avions initié les activité d’éducation nutritionnelle dans une trentaine de villages sélectionnés par la Direction de la Nutrition et des Technologies Alimentaires (DNTA). Au titre de la composante 2, Valorisation des productions et Appui aux Activités Economiques des ménages ruraux, nous avons fait l’état des lieux de toutes les terres qui peuvent être aménagés autours du barrage de Moukoulou, parce que nous comptons aménager ces terres pour y installer des gens pour produire et mener des activités de maraichage. On a également identifier des sites aménageables pour les activités de maraichage, de culture de décrue et pluviale. Nous avons même dépassé les objectifs à ce niveau. On a élaboré une convention locale de gestion du barrage de Moukoulou comme je le disait tantôt. On a mis en place des kits d’entretien des pistes rurales qui a été aménagées dans le cadre du PADER-G sur l’axe Temki-Ankharouma. On a identifié des points noirs qui feront l’objet de traitement sur 157 kilomètres de linéaires à travers les pistes rurales. On a déjà construit 10 magasins communautaires aux profits d’environ 12 000 ménages et nous avons mis en place des stocks de céréales pour répondre à la période de soudure. On a une collaboration avec la Direction Générale de la Météorologie Nationale qui produit et nous envoie régulièrement des bulletins météorologique. A travers des activités qui sont dévolues à la composante 3 qui est la coordination, gestion et suivi-évaluation, nous avons réussi à construire nos bases de Bokoro et de Amdjaména Bilala, nous avons fait une extension de nos bureaux de Mongo, on a recruté le personnel et mis en place des équipements nécessaires. Depuis bientôt deux ans, nos équipes sont opérationnelles sur le terrain dans toute la zone d’intervention du projet.

Qui sont vos partenaires?

Les partenaires de mise en œuvre du PARSAT sont multiples et variés. D’abord, le PARSAT intervient par opérateurs interposés, là où c’est possible de le faire. Dans un premier, temps au niveau de l’administration ou institution, nous avons des ministères clés qui sont impliqués  dans la mise en œuvre du PARSAT. Je veux citer le ministère de l’agriculture qui assure la tutelle, le ministère du plan qui est le bénéficiaire des financements et nous avons les ministères des infrastructures, de l’eau, de l’élevage et celui qui s’occupe de la météorologie. Ensuite, nous avons des partenaires qui sont des opérateurs retenues dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet, je veux citer Moustagbal, Fédération des Associations pour la Promotion des Langues du Guéra, Fédération des Banques de Céréales du Guéra, Fikirna, Nagdaro, Association pour le Développement Rural du Batha, etc. Nous avons également les bénéficiaires, les jeunes, les femmes, les organisations rurales, tout ceux qui sont plus ou moins concernés par ce projet sont également nos partenaires. Il y’a aussi des organismes internationaux tels que le PAM, l’UNICEF avec qui nous collaborons parfaitement. Et les délégations des ministères qui nous appuient de façon très forte sans oublier les institutions de recherche telles que l’ITRAD, la Direction des Semences et Plants qui nous appuis dans le cadre de la production des semences c’est-à-dire du matériel végétale pour pouvoir appuyer la production.

On dit qu’être plus proche de la population vulnérable permet de mieux connaitre les réalités qu’elle vis et de mieux améliorer ses conditions de vie. Votre projet travaille directement avec les bénéficiaires, est-ce dans cette logique?

Nous privilégions l’approche participative parce que cette approche répond mieux aux soucis des communautés. Nous intervenons sous forme de réponse à une demande. Et à travers ça, nous posons un diagnostic avec la communauté, nous essayons de faire ensemble une sorte de priorisation des besoins et c’est seulement au bout du processus que nous convenons de réaliser des activités avec la communauté. Et c’est quelque chose de très fort qui est ancrée dans les pratiques du projet. C’est la raison pour laquelle,  nos équipes sont installées au niveau de chaque département pour être très proche de la communauté et mieux comprendre leurs doléances.

Votre dernier mot?

Je remercie les plus hautes autorités de ce pays en particulier le Président de la République qui fait de la sécurité alimentaire et du bien être de la population rurale son cheval de bataille. Je remercie également le FIDA qui a été à l’écoute du gouvernement tchadien et qui a toujours répondu de façon positive en apportant des financements aux populations rurales qui attendent encore beaucoup de ce financement et des résultats probants. Notre souhait le plus ardent, c’est d’arriver à des résultats très satisfaisant, plus encourageant pour que les conditions de vie des ménages ruraux puissent s’ améliorer de façon significative pour que les gens mangent à leur faim, et   retrouvent le sourire à travers ce projet. Ca c’est notre ambition au niveau de l’équipe, et par la grâce de Dieu, avec le concours de tous les partenaires et du gouvernement, nous arriverons une fois de plus à relever ce défi.

Itv réalisée par la RCM, avril 2017